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18 sept. 2016

Ecriture: La danse des sept voiles

Bonjour à tous!
Avant de vraiment commencer cet article, je tiens à m'excuser pour le retard que j'ai par rapport à la série d'articles Les petits textes de la SPM. Je me suis rendue compte qu'un mois était un peu court pour écrire un texte sur commande qui me plaise vraiment (cf le dernier texte pas vraiment retravaillé), et du coup je me suis dit que l'article pouvait être publié tous les deux mois. Oui mais ça je ne vous l'ai pas dit à vous, car je n'ai toujours pas publié le troisième opus. Toutes mes excuses donc.

Aujourd'hui, je vous présente un autre texte. Pas écrit sur une inspiration subite, ni "auto-commandé"; je vous présente un texte qui m'a été demandé par ma prof de français (oui, ça arrive que je sois satisfaite de mes devoirs de français).
Voilà le contexte: première séquence -les réécritures-, première séance : le mythe de Salomé. La prof commence par nous faire écouter un extrait de Richard Strauss inspiré du mythe et nous demande de noter ce à quoi la musique nous fait penser -couleur, lieu et sentiment. Nous travaillons ensuite sur un groupement de textes des Évangiles (Marc, Luc, Mathieu pour les intéressés) relatant le mythe (troisième utilisation du mot dans un seul paragraphe: bravo, la diversité du langage!).
Puis elle nous demande, pour la prochaine fois (demain lundi), d'écrire la danse en elle-même de Salomé puisque qu'elle n'est pas décrite dans les Évangiles en utilisant les mots auxquels la musique nous avait fait penser (critères d'évaluation: richesse du vocabulaire, qualité de la langue, vous en ferez une vingtaine de lignes). Joie de la classe et de moi-même.
Ce matin, je m'y suis mise à contre-cœur; je n'avais aucune, mais vraiment aucune idée de ce que j'allais pouvoir écrire. Je m'y suis mise et, à ma grande surprise, j'ai fait un texte plutôt long.

Dans mon texte, la danse est silencieuse; cependant vous pouvez le lire en écoutant ceci (la musique passée par la prof que j'ai re-écoutée pendant que j'écrivais), ou aller voir ce tableau avant de vous y mettre.

Hérode réclama la danse. On fit alors entrer une jeune fille; elle était seule et, bien que vêtue de riches étoffes, elle ne portait de bijoux ni aux chevilles, ni aux poignets, ni au cou. Un murmure moqueur s'élevait des courtisans, qui s'adressait autant à la danseuse qu'à Hérode qui n'avait su choisir correctement les divertissements. Agacé, celui-ci demanda aux serviteurs où étaient les musiciens; on lui répondit qu'il n'y en avait pas. Hérode fit alors un geste de la main et la danse commença.
La jeune femme leva le bras et le regarda comme s'il se mouvait par sa propre volonté. SEs doigts bougèrent, comme s'éveillant d'un long sommeil. Ils palpèrent l'air et se déplacèrent, entraînant tout le corps à leur suite.
Dans la salle, les murmures se taisaient peu à peu.
Et la danse se poursuivait, toujours plus étrange, toujours plus hypnotique. La tunique d'un rouge orangé valsait sur la jupe pourpre et longue, dénudant par instant les épaules lisses. Parfois un de ses membres semblait détaché des autres et improvisait un mouvement différent. A d'autres instants, c'était tout le corps qui ondulait, tombait à terre, sautait.
Autour d'elle, convives et serviteurs ne faisaient plus un geste, subjugués par ces mouvements étranges.
La danseuse semblait glisser sur le sol tandis qu'elle se déplaçait. Ses bras se soulevaient, sa tête était rejetée en arrière. De temps à autre, elle s'approchait d'un amoncellement de tissus discrètement déposés à son égard; elle s'emparait alors d'un brocart bleu, d'une soierie jaune ou d'un tissé gris. Et elle continuait à danser, toujours plus vite, avec toujours plus de tissus; elle en tenait sept, et on ne voyait plus que des couleurs virevoltantes.
A chacun dans la pièce, la danse évoquait quelque chose de différent. Pour tel seigneur, c'était une quête dans une forêt enchantée; pour tel autre, la mer changeante et gaieté de son pays, pour sa femme, l'amour versatile de son fils. Un serviteur y voyait la course effrénée d'un cheval; une servante se remémorait la soif dans le désert, tandis que son amie pensait à la peur d'un peuple en guerre.
Peu à peu, les mouvements ralentirent, se firent plus saccadés. Les couleurs tombèrent une à une sur le sol et la femme, toute vibrante encore de l'émotion qu'elle avait procuré, s'immobilisa doucement; le bras se baissa, les doigts revinrent à leur place. Le temps repris son cours.
Alors Salomé quitta la salle, et les langues se délièrent.

Voilà :) Maintenant je vais essayer de synthétiser tout ça pour rendre à la prof quelque chose d'une longueur correcte ^^.
A bientôt!

5 août 2016

Les petits textes de la SPM #2

Bonjour à tous!
Je vous retrouve aujourd'hui pour une nouvelle session d'écriture.

Les petits textes de la SPM (Société Protectrice des Mots) est un RDV mensuel, pour lequel je, et vous si vous le souhaitez, dois écrire un texte avec des mots spécifiques. C'est une manière pour moi d'écrire d'avantage, et de ne pas laisser à l'abandon les mots de la SPM.

Théoriquement, j'aurais du publier ce texte la semaine dernière, mais comme j'étais en vacances, je m'étais accordé une semaine supplémentaire. Celle-ci se terminait aujourd'hui, et c'est donc aujourd'hui que je publie mon texte.
Dans celui-ci, je devais utiliser les mots suivants:

Lénifiant adj: apaisant
Coitement (adv) : de façon tranquille, silencieuse
Azurin (adj): bleu pâle, tirant sur le gris
Barguigner: hésiter
Taciturne (adj): qui est silencieux, laconique
Je ne suis pas très satisfaite de ce texte, j'aurais imé le développé d'avantage, trouver une réelle personnalité pour mon personnage, et pouvoir écrire une vraie fin. J'ai l'impression que ce texte est un peu maladroit, un peu gauche. Enfin, trêve de bavardage. Le voici (il n'a pas de titre) :

     La barque dérivait paisiblement et coitement, emportée par le courant. Allongé à l'intérieur, je somnolais, paisible, les yeux fermés; j'écoutais le bruissement de la nature. J'ouvris lentement les yeux sur un ciel azurin. Les nuages, sous l'emprise d'une brise légère, défilaient. Je me redressai, à demi-somnolent encore. En face de moi, ma mère était assise. Elle portait une robe légère et colorée, des lunettes rouges, et avait les cheveux auburn et coupés près des oreilles. Ils s'agitaient un peu. Ma mère était plongée dans son roman, dont je n'arrivais pas à voir le titre. Je laissais tomber ma main à côté de la barque, le contact de l'eau fraîche était lénifiant.
Des pépiements d'oiseaux se firent entendre. Je tournais la tête, essayant de reconnaître l'espèce. Le bruit était particulier, comme... électronique.  Ce n'était pas normal, il n'y avait pas encore d'oiseaux électroniques sur le marché. Je tendis l'oreille; le bruit s'intensifiait. Parallèlement, la luminosité augmentait en permanence, comme si un deuxième soleil avait décidé de se lever.
     Je me redressai sur mon lit dans un sursaut et éteignit mon naturo-réveil d'un geste rageur. Le rêve m'avait paru si réel! Une nature intacte, ma mère souriante... malheureusement, c'était bien un rêve. En maugréant, je sortis du lit et enfilai ma combinaison de travail après quelques étirements. A la cuisine, je pris une lingette nettoyante et énergétique et me la passai sur le visage. J'attrapai une tranche de pain noir et passai ma tête par la fenêtre. Comme tous les matins, je vis le trottoir, cinquante-deux étages plus bas, et les fourmis qui s'y pressaient. Comme tous les matins, j'observai le ciel d'un noir d'encre. Comme tout les matins, enfin, l'idée me vint à l'esprit de passer le reste de mon corps par la fenêtre. Avant d'obéir à ces sombres pensées, je fermai la fenêtre. J'avais terminé de manger. Je pris ma casquette, mes clés et sorti de chez moi.
     L'ascenseur apparut dès que la petite boite noire au dessus de la porte eut détecté ma présence. Je m'engouffrai à l'intérieur. A la sortie de l'immeuble, je me dirigeai vers l'arrêt de bus. Nos bus actuels n'ont plus rien à voir avec les anciens. Désormais, ils sont aérodynamiques, se déplacent grâce à la répulsion magnétique et ne produisent plus aucune pollution. Tout en songeant aux progrès techniques de notre ère, je me laissai porter par ledit bus pour arriver, enfin, sur mon lieu de travail.
   
   J'étais employé par une société de rénovation en tous genre, dans le domaine plomberie. Mon job consistait en fait à rester au bureau afin d'entendre des clients puis d'appeler le plombier le plus proche pour l'envoyer chez le nouveau client. En somme, je passai ma journée assis devant un téléphone, mais comme mon patron souhaitait voir ses employés sur un pied d'égalité, je devais également porter cette horrible combinaison.
   A la pause de 11h, je me dirigeai vers le distributeur de boissons. Alors que je barguignais entre un café et un café crème, décision extrêmement importante s'il en est, je vis venir attendre derrière moi le taciturne Taan, c'est-à-dire LE collègue dont personne n''avait jamais entendu la voix. En récupérant ma boisson -café au lait, finalement-, je tentai un timide "Bonjour!" Il me regarda, hocha la tête et se détourna. Je soupirai: cette fois encore, je ne réussirai pas à tirer une parole de cet homme sombre.
   Le reste de la journée se déroula sans anicroche. Comme d'habitude, le soir, j'étais au bord de l'implosion, lassé de mon travail, irrité des commandes stupides des clients. Pour me détendre, l'idéal aurait bien sûr été de faire un footing dans un parc municipal, sauf que ces parcs avaient disparu depuis des années. A la place, j'allais dans un "Centre Naturel", un espace qui reproduisait électroniquement la nature de jadis. Bien sûr, ce n'était pas la même chose, mais ça permettait d'évacuer un peu de ma colère. Mais ce soir, lorsque je fus devant le CN, une pancarte m'informa que le centre venait de fermer définitivement.

  Envahi d'une colère de plus en plus noire, je rentrai chez moi. Les jours suivant se déroulèrent avec la même routine, et ma fureur se développait d'heure en heure. Le soir, je criais dans mon oreiller, mais ça ne me détendait qu'un peu. Alors, je m'étais mis à boire. Les bouteilles s'entassaient dans ma cuisine, dévorant mon maigre salaire. Je devins alcoolique, et dépressif lorsque que je m'aperçus que j'étais incapable de me maîtriser. 
   Puis je fus renvoyé. En soi, cela m'apporta une intense satisfaction, mais la petite voix, apparue lorsque j'avais commencé à boire, m'asséna que j'étais nul, même pas capable de garder un travail simple. Dans la rue, lorsque je croisai des gens, ils s'écartaient de moi, écœurés par mon odeur d'alcool. 
   J'eus alors l'idée d'en finir. D'en finir avec cette société tyrannique, incapable de sauvegarder ses citoyens, incapable de sauvegarder sa nature et son environnement. En deux temps, trois mouvements, ma résolution était prise. Une question subsistait: quand allais-je passer à l'acte ? Je ne manquais pas de courage, non, mais je voulais que les gens comprennent mon geste, qu'il apporte un message. 
   C'est alors que j'eu l'idée. Je la peaufinais des jours durant. Avec le peu d'argent qui me restait, j'achetai une corde, et je fis imprimer mon message sur une immense pancarte. Et plus je reprenais contact avec la société du fait de mes préparatifs, plus celle-ci me dégoûtait et me confortait dans mon idée.
   Alors un matin, j'accrochai la corde à la fenêtre, et fis un nœud coulant de l'autre extrémité. Relié à mes pieds par une autre corde, mais plus fine, mon message pendait déjà par la fenêtre. Je glissai ma tête dans le nœud, le serrai un peu,
   Et sautai par la fenêtre.

Voilà; j'espère que vous avez eu le courage de tout lire; j'avoue qu'il n'est pas très aéré. Dites-moi dans les commentaires, si ça vous a plu, ou pas, ce qu'il faudrait modifier etc. :)
Je vais maintenant piocher les mots que je devrai utiliser pour le mois prochain. Il s'agit de:

Atturé (adj): Butté
Bedon (masculin): tambour ou ventre rebondi
Mafflu (adj): qui a de grosses joues
Conspuer: Vilipender bruyamment
Sicaire (masculin): Assassin, tueur à gages

Je dois vous livrer mon texte le dernier vendredi d'août :)
A bientôt!

24 juin 2016

Les petits textes de la SPM #1

Bonjour à tous!
Oui, un article le vendredi, ce n'est pas plus très courant. D'autant plus qu'aujourd'hui je vous présente un nouveau type d'articles... Je vous préviens, ça va être long.

Il y a un peu plus de deux mois, le blog Aldiaphora proposait un concours pour fêter sa première année d'existence. Et, à côté des traditionnels "+1 chance si vous suivez sur la newsletter" etc, il y a avait d'autres conditions: faire un texte à partir de mots soigneusement choisis par eux ou un dessin avec des éléments également choisis.
Je ne suis pas douée en dessin, et comme une de mes bonnes résolutions pour 2016 était d'écrire d'avantage, j'ai pris le texte.
J'y ai réfléchi, je l'écris, puis envoyé.
Et puis, au fil des jours, j'ai eu à nouveau envie d'y travailler, de faire quelques petits changements, d'écrire la suite. Alors j'ai supprimé des passages, fais quelques recherches, écris d'autres lignes, pour finalement arriver à un résultat qui me satisfaisait, ou presque.

Bien évidemment, dès le début, je voulais publier ce texte; mais ces modifications ont été un peu longues (par exemple, je n'ai pas touché au texte pendant les vacances de printemps), et je l'ai envoyé à quelques personnes, pour qu'elles me donnent leur avis.
La principale chose qui a fait que j'ai tardé à partager ce texte, c'est que j'ai envie d'aller plus loin, d'écrire une nouvelle par exemple, qui aurait ce texte en prologue. Je vous l'aurais ainsi partagée par chapitres.
Mais, au bout d'un mois de réflexions à propos de cette suite, elle n'est toujours pas écrite. Alors, sans abandonner l'idée précédente, un autre projet me vint en tête: puisque ce texte était parti de mots imposés, puisque j'avais abandonné, faute de réussite, la SPM, puisque j'avais envie d'écrire... pourquoi ne pas créer un nouveau type d'articles?

C'est comme ça qu'est né le projet Les petits textes de la SPM. J'ai écrit tous les mots de la SPM sur des petits bouts de papiers (c'était aussi long que vous le pensez) que j'ai répartis dans deux vieux pots à confitures, étiquetés "Futurs textes".

Un vendredi par mois, je publierai donc un nouveau texte, écrit à partir de cinq mots piochés lors de l'article précédent (vous me suivez ?) . Pourquoi cinq ? Et bien, parce que c'était le nombre de mots présentés dans Les petits protégés de la SPM.

Je vais vous montrer, vous allez comprendre.


Pour le texte du concours, il fallait utiliser:
  • palimpseste :Le palimpseste est un manuscrit écrit sur un parchemin préalablement utilisé, et dont on a fait disparaître les inscriptions pour y écrire de nouveau. ...
  • plume
  • potiron
  • asymptote :Ligne droite qui s'approche indéfiniment d'une courbe sans jamais la couper, même si on les suppose l'une et l'autre prolongées à l'infini
  • sopalin
Voici mon texte, nommé par défaut "Le parchemin" (je ne suis pas entièrement satisfaite de ce titre).
L'atelier était dans la pénombre. La seule lueur provenait d'une bougie scellée à une coupelle de cuivre par la cire fondue. Le bougeoir était en équilibre sur une pile de feuilles recouvertes de glyphes minuscules, écriture cunéiforme ou hiéroglyphique. La lueur tremblotante éclairait un vieil homme, la nuque et le dos courbé sur ce qui ressemblait à un parchemin. L'homme balaya de la main sur bureau encombré, faisant ainsi voler des documents qui retombèrent doucement par terre. Il se leva et sortit d'une vieille armoire cinq bacs en métal de différentes tailles qu'il posa sur son bureau maintenant dégagé. Il retourna ensuite à l'armoire pour en tirer trois flacons et deux bouteilles. Sur les flacons, on pouvait lire "eau distillée", "solution d'acide oxalique au centième" ou encore "solution d'acide gallique". Il versa chacun des contenus des flasques dans un bac différent, et s'empara d'une plume usée, jadis d'un vert éclatant et d'un or brillant, et la trempa dans un encrier. Il écrivit quelques mots sur feuille de papier grâce à cet instrument puis le posa sur le côté et se leva.
Le vieil homme dévissa les bouteilles et prit précautionneusement le parchemin. Il le trempa une minute dans un premier bac, le plongea cinq secondes dans un deuxième puis le posa dans un troisième bac, plus grand que les précédents mais vide de liquide. L'homme versa ensuite le contenu d'une bouteille -de l'eau- sur le parchemin, en le remuant un peu, et répéta l'opération dans un second bac vide. Il prit ensuite le vélin et l'inséra dans une sorte de grand vase noire qu'il referma. L'homme patienta dix minutes, sortit le parchemin et le lava à nouveau à grande eau. Enfin, il installa la parchemin dans une presse moyenâgeuse et recueilli l'eau qui en sortit.
Le parchemin était en réalité un palimpseste, et l'homme cherchait à découvrir les inscriptions premières par le processus complexe qu'il venait de faire. L'homme saisit le palimpseste et le déposa sur une plaque de verre située dans le coin gauche de son bureau. Il ramassa les bacs et les solutions et les plaça sur une desserte établie à côté de son coin de travail. Il se saisit à nouveau de sa plume et se mit à griffonner frénétiquement sur sa feuille. Le rythme de son écriture diminuant progressivement, il finit par poser la plume.

Alors le vieil homme se leva de sa chaise et boita jusqu'à un lavabo, situé dans l'extrémité opposé de la pièce. Avec lenteur, il se passa de l'eau sur le visage et regarda longuement les photos accrochées au mur. Elles représentaient quatre jeunes hommes, tantôt debout tantôt assis. Ils posaient devant la grande pyramide, le Machu Pichu ou la Grande Muraille de Chine. Ils avaient des rêves pleins la tête ; ils se prenaient pour des aventuriers. Le vieil homme redressa un peu les cadres, caressa son chat qui dormait à côté et retourna à son bureau.
Il observa ce qu'il avait écrit ou plutôt, ce qu'il avait dessiné. Il y avait là un potiron entouré de ronces, comme pour le protéger. Les ronces entremêlées formaient un cercle parfait, un cercle inscrit dans un triangle formé de trois asymptotes. Un trait avait légèrement bavé ; l'homme chercha un buvard sur son bureau et, n'en trouvant pas, il se résolut à utiliser un morceau de sopalin. Il essuya délicatement le trait, prit de nouveau le parchemin et l'approcha de la bougie, afin de s'assurer qu'il avait correctement recopié les vieilles inscriptions.
Après cette vérification, le vieil homme plaça le parchemin sur un tissu de lin qu'il replia afin d'entourer le précieux document. Il ouvrit ensuite un coffre de bois entièrement peint en noir, et y plaça le paquet de tissu et referma rapidement la boite. Enfin, il plaça l'ensemble dans une deuxième armoire à droite de la précédente. Alors il s’assit lourdement dans un fauteuil et réfléchit.

Il repensa aux jeunes hommes des photos, c'est-à-dire à sa jeunesse et à ses amis. Ils s'étaient connus à l'internat, en Provence. Ils avaient passé leur adolescence ensemble, avaient partagé d'incroyables aventures. Ils avaient chacun choisi une voie qui avait étonné les autres: libraire, styliste, agriculteur et archéologue spécialisé en paléographie et codicologie. Grâce à l'archéologue, ils avaient voyagé aux quatre coins du monde et redécouvert de nombreux monuments antiques. Les années passant, ils se voyaient un peu moins, chacun étant pris par son travail et sa famille. Mais chaque année, ils se retrouvaient pour dix jours de voyages, juste eux quatre, comme au bon vieux temps. Même quand ils eurent soixante, soixante-dix et quatre-vingts ans, ils continuèrent à voyager, toujours un peu moins loin, toujours un peu plus confortablement.
L'agriculteur était mort le premier, d'un cancer provoqué par les pesticides. Puis le libraire et le plombier avaient cédé aux années. L'archéologue était alors resté seul, travaillant toujours, acquérant toujours plus de connaissances dans sa mémoire infinie. Grâce aux structures spécialisées, il avait acquis tous les savoirs de tous les métiers, en commençant bien sûr par ceux de ses amis. Il tenait une librairie à Paris, dirigeait une ferme dans le Wyoming, dessinait des vêtements pour des enseignes internationales et était le maître d'une foule de petites entreprises différentes les unes des autres. Il possédait tous les savoirs de toutes les nations; il était juif, bouddhiste et hindou; il était vieux, il était jeune: il était immortel.

C'est un texte assez long, je vous l'accorde. N'hésitez pas à me dire dans les commentaires ce que vous en avez pensé; toute critique est bonne à prendre :)

Je viens donc de piocher cinq mots dans les bocaux. Ces cinq mots sont:
-coitement (adv): de façon tranquille, silencieuse
-azurin (adj): d'un bleu pâle, tirant sur le gris
-taciturne (adj): qui est silencieux, laconique
-barguigner: hésiter
-lénifiant (adj): apaisant

Devant le lien évident de ces mots, je rappelle (précise ?) que je les ai piochés totalement au hasard :). Je dois donc écrire un texte à partir de ces mots, et le poster un vendredi de juillet.Comme je pars en vacances au cours du mois de juillet, je m'autorise à ne le publier que le premier vendredi d'août.
Bien entendu, vous pouvez aussi participer et, si vous le souhaitez, m'envoyer vos textes :) Il n'y a pas de limites de mots/caractères.

Voilà, c'est la fin de ce loooong article. J'espère que le principe vous aura plus et qu'il perdurera :)
A bientôt!

2 juil. 2015

Ecriture: Sujet 1

Bonjour bonjour :)
Ce qui ont passé le brevet le savent, le texte de sujet de français était cette année extrait de "Terres des Hommes", un livre de Saint-Exupéry. Tout de suite, en voyant l'auteur, j'ai pensé au Petit Prince. Alors, vous pensez bien, quand j'ai vu le sujet d'imagination, je n'ai pas pu résister!

L'extrait traitait des souvenirs du narrateur, lorsqu'il est dans le désert avec son avion. Bien sûr, je vous ai épargné les fautes d'orthographe.

Sujet 1
Ses souvenirs ont redonné courage au narrateur: que décide-t-il de faire? Racontez la suite du texte.

   Un grand bruit me sortit brusquement de mes pensées. C'était l'aile de mon avion qui se décrochait. Désespéré, je replongeai peu à peu dans mes souvenirs d'enfant. Comme je ne me laissais pas abattre alors! Et comme je réparais sans cesse mes jouets cassés!
   Fidèle à l'enfant que j'étais -un peu- resté, je résolus de ne pas me laisser abattre. Coûte que coûte, je devais, sinon réparer mon avion, au moins le changer en quelque chose qui pourrait me sauver. J'avais à ma disposition mon avion, une trousse à outils et des rations de survie pour quinze jours. 
   L'idée me vint d'un émetteur radio. Avec, je pourrais sûrement contacter quelqu'un, qui lui-m^me pourrait envoyer une personne à mon secours.

   Cependant, la nuit était tombée sans que je ne m'en aperçoive. Une chape de fatigue pesa soudain sur mes paupières. Épuisé, je grignotais une ration de survie, puis me couchai à même le sol. Alors que j'allais m'endormir, je sentis qu'on me secouait. Intrigué, j'entrouvris les yeux, et je vis un drôle de petit garçon. Il avait des cheveux de paille, et un air tout étonné. Il portait une tenue verte et ample avec une ceinture dorée à la taille. Il me dit:
 "-S'il-te-plaît, dessine-moi un mouton!
Je poussai un grognement, Pourquoi diable me réveiller maintenant? Tout en refermant les yeux, je répondis au petit garçon, et nous discutâmes toute la nuit...

   Le lendemain matin, je me réveillai seul, ébloui par le soleil du petit matin. Nulle trace du petit prince de la nuit. Etait-il réel ou l'avais-je rêvé? Sans réponse possible, je me mis au travail en réunissant ce dont j'avais besoin pour mon émetteur. A midi, j'avais presque toutes les pièces, et c'est voulant déjeuner que je me rendis compte que j'avais moins de nourriture que prévu. Je n'allais pouvoir tenir qu'une dizaine de jours...
   L'après-midi, vers quinze heures, je revis le petit garçon. Il me réclama encore une fois un mouton et me conta ses voyages sur les autres planètes. Sans arriver à distinguer la vérité de l'enjolivement, le rêve de la réalité, je l'écoutai, ce jour-là et les suivants, avec plus ou moins d'attention.
   Au bout de huit jours, je tenais mon émetteur. J'allais l'essayer quand j'entendis le Petit Prince (c'est ainsi que je l'appelais désormais) chuchoter:
 -Tu sais, demain, ce sera mon anniversaire. Ca fera un an que je suis sur Terre. Alors, tu comprends, il faut que je retourne chez moi, ma rose doit s'impatienter...
Moi, bien sûr, tout exité à l'idée de contacter quelqu'un, je ne l'écoutais guère. Et tant mieux, car quand j'entendis parler mon interlocuteur, je faillis sauter de joie. On venait me chercher, enfin!

   Le lendemain, je vis le Petit Prince s'enfoncer dans le désert. Etonné, je lui demandai:
 -Mais où vas-tu?
 -Je rentre chez moi, me répondit-il tristement.
 -Attends! Tu veux bien m'emmener? Je viens avec toi.
Il hocha soucement la tête. Je le rattrapai, pris sa main, et nous marchâmes, longtemps. Enfin, il s'arrêta, et m'annonça:
 -C'est là. Il vaut mieux que tu ne vois pas ça. Recule un peu.
J'obéis.
 -Maintenant, retourne-toi.
Puis, voyant que je ne bougeai pas, il énonça:
 -Bon, c'est comme tu voudras.
Lui se retourna, et se laissa tomber lentement sur le sol. Retenant un cri, je bondis vers lui juste avant qu'il ne meure et, main dans la main, nous nous élevâmes lentement, vers les baobabs.



Voilà! J'espère que ça vous a plus, malgré les quelques passages maladroits. N'hésitez-pas à m'envoyer vos textes pour que je les publie ou que je les lise, ou les liens vers vos blogs :)
A bientôt!

21 sept. 2014

Ecriture: Concours de Calliope, 1ère manche

Bonjour bonjour!! Alors, comment trouvez-vous mon petit questionnaire? Je vois qu'il y a foule pour y répondre *ironie, quand tu nous tient...*  :D
Aujourd'hui, je viens vous poster un texte écrit au début de l'été, posté pour la première manche du concours de Calliope (sur JB, comme d'habitude). Je ne vous posterais pas le texte de la seconde manche, puisque c'est "Les yeux verts"!
Bonne lecture et... commentez! :)
Le silence est une utopie. Qui ne m’as jamais semblée aussi réelle qu’ici. Assise dans cette salle d’attente de l’hôpital St-Joseph, j’essayais de me concentrer. Mais les pleurs, les cris, les sanglots, et même les murmures m’en empêchaient. Agacée, je quittais la salle pour aller m’asseoir sur les marches du perron. J’avais besoin de me souvenir. Il FALLAIT que je me souviennes.

*5 ans plus tôt*
Grand-mère me regarda gravement. J’étais encore sous le choc. Ma grand-mère, ma mamie, avait un cancer. Irréversible. Mortel. Assise sur cette chaise inconfortable, je suffoquais. Du haut de mes 15 ans, je n’arrivais pas à réaliser. J’allais perdre ma grand-mère. Pour toujours.

*3 ans plus tôt (donc 2 ans après le texte précédent)*
Emmitouflée dans son grand manteau noir, je regardais le cercueil descendre dans la terre. Autour de moi, les quelques personnes qui étaient venues à l’enterrement restaient silencieuses. On aurait pu entendre une mouche voler. Sur ma joue, une trace humide se fit sentir. Etonnée, je constatais que je pleurais. Etrange. Je n’avais jamais pleuré.  Même pour la mort de mamie, quelques années plus tôt. Mamie, je l’aimais,  bien sur, mais pas autant qu’Amélie. Elle avait été toute ma vie. Petite, nous jouions ensemble dans le bac à sable ; puis, le temps passant, nos sentiments avaient évolués.  Alors qu’autour de nous, les couples hétéros se formaient, on commençait à nous insulter. « Gwuine », « lesbienne »… Nous n’y avions pas prêté attention, mais à présent, je comprenais que nous aurions du. Le cercueil en était la preuve concrète.  Je me rappellerais toujours le moment où, la semaine passée, les médecins nous avaient informés qu’elle ne survivrait pas à ses blessures. J’étais alors trop défaite pour penser seulement me venger de nos agresseurs. Lâches, ils s’étaient sûrement terrés dans leurs demeures, terrifiés par l’idée que je les pourchasses. Mais j’avis fait mieux que cela. Je m’étais montrée plus forte qu’eux. J’avais demandé à ma mère de me conduire au poste, et là, j’avais tout déballé. Tout. J’avais même amené des photos d’eux, sur la photo de classe. Ils avaient tout de suite été interpellés.
La musique se tut, arrêtant le cours divaguant de mes souvenirs macabres. L’une après l’autre, les personnes endeuillées déposaient sur le cercueil, qui une fleur, qui une photo, qui un pétale de rose. Je restais à ma place. J’avais trop mal pour bouger. Mal physique… mal mental…malmenée.

 *2 ans plus tôt (donc un an après le dernier texte)*
Cette fois, j’étais au crématorium. Je n’arrivais plus à compter les fois où je m’étais retrouvée en pareille situation. Mais cette fois, ce n’était ni ma mamie chérie, ni mon Amélie aimée, ni mes oncles et tantes décédés, non, cette fois, c’était mon père qui se trouvait devant moi. J’étais dans un cauchemar. J’allais me réveiller, c’était certain. Je crierais, et mes parents accourraient, me prenant dans leurs bras et me cajolant. Toutes ces dernières années d’horreur s’effaceraient.
Je regardais le filet de sang couler sur ma main. J’étais éveillée.


Et aujourd’hui, assise sur le perron, je me souvenais. Je me souvenais de cette vie maudite, qui avait causé tant de peine et de terreur. Peine pour ses proches. Terreur d’être le prochain. Seule ma mère était restée à mes côtés. ET MAINTENANT ELLE REPOSAIT LA, PAR MA FAUTE, DANS CET HOPITAL IMMONDE !!! La colère montait en moi. Je n’éprouvais plus que du dégoût envers moi-même.
Et ces cris, dans ma tête… TU N’AURAIS PAS DU FAIRE CA. TU SAVAIS QU’EN PRENANT CE COUTEAU ELLE ALLAIT MOURIR ET TU LUI A QUAND MEME JETE DESSUS !!! TU N’ES QU’UNE BETE SAUVAGE ET IMMONDE, ET TU SAIS COMMENT FAIRE POUR ARRETER CA, MAIS IL FAUT QUAND MEME QUE TU CONTINUES !! TU ES  LACHE, PLUS LACHE ENCORE QUE LES AGRESSEURS DE TA CHERE ET TENDRE. Une goutte de pluie atterrit sur mon front, comme si le ciel crachait sur ma culpabilité.

Je savais ce qu’il me restait à faire.  J’avais tué ma mère.  J’avais tué ma mère et je n’étais même pas triste. Toutes mes larmes avaient déjà été versées, il y a bien longtemps. Je n’avais que 20 ans mais j’avais l’impression d’en avoir vécu 100. Tout en me levant, je réfléchis à la manière d’en finir au plus vite. Un magasin pour grimpeur revendiquait ses grappins redoutables et ses cordes solides. Je souris. J’avais trouvé.
Et sinon, je vais bien, on pourrait même dire que je suis en pleine santé ^^!! 
Et bonne fin de journée!!

5 sept. 2014

Ecriture: Les yeux verts

Volà une histoire que j'ai écrite il y a près d'un an pour le cours de français. Lors d'un concours sur JB, il fallait écrire une histoire d'horreur... J'ai décidé de ressortir celle-là, que j'ai un peu modifié pour l'occasion.

" -Bonne soirée, ma chérie, à tout à l’heure !
Kathleen marmona un « salut » en direction de ses parents. Elle avait 16 ans, et depuis ses 10 ans, ses parents sortaient un soir par semaine et la laissait toute seule. Elle soupira, prit une canette de soda et s’enfonça dans le canapé pour une énième soirée soporifique.
Pendant ce temps-là, ses parents roulaient sur la nationale en direction du théâtre. La pièce qu’ils allaient voir, « Hamlet », était jouée par les plus prestigieux acteurs du pays. Victoria, la mère, feuilletait discrètement le programme.Soudain, le moteur s’arrêtait,
-Enfin, chéri, redémarre ! s’exclama Victoria au bout de quelques secondes. Nous allons être en retard !
-J’aimerais bien, lui répondit Henry –son mari. Mais il y a un problème. Je crois qu’on peut annuler le théâtre et appeler le garagiste.
-Oh non ! Bon, je m’occupe du taxi et toi, appelle le garagiste.
Les klaxons commençaient à retentir derrière eux. Henry sortit de la voiture et, tout en appelant le garagiste, enfila un gilet jaune et déplia le triangle fluorescent. Puis il rentra dans la voiture.
-Chéri, lui dit sa femme, nous n’allons pas pouvoir aller au…
-Chut ! lui fit Henry. Puis, dans le téléphone : Oui, bonjour monsieur, je m’appelle Henry Abbot et je viens d’avoir un petit accident sur la nationale 7. Non, il n’y a pas de blessés, c’est le moteur qui s’est arrêter. Je suis au km 38. Oui, entendu, à tout de suite.  Que voulais-tu me dire ?
-Il nous est impossible d’aller au théâtre, les taxis sont pleins…
-Et le garagiste m’a dit qu’il ne serait pas là avant un quart d’heure, complèta son mari.
Aucun des deux ne pensa à appeler leur fille. Ils attendirent une heure encore avant en écoutant la radio : « …et un étrange phénomène se propage dans le pays. En effet, de plus en plus de personne semblent se conduire bizarrement. Pouvez-vous nous en dire plus, Fred ?
-Oui Bill. Comme vous l’avez dit, des personnes ont un comportement anodin. En plus de cela, il semblerait qu’ils aient tous les yeux verts et… » Victoria coupa la radio.
-Des bêtises, tout ça, dit-elle sèchement.

Quelques minutes plus tard, le garagiste arriva. Il se gara tant bien que mal derrière la voiture des Abbot et vint tocquer à leur vitre. Quelque chose chez lui mit mal à l’aise le vieux couple. Ils ne comprirent ce que c’était qu’en sombrant dans un été second : le garagiste avait d’étranges yeux verts brillants…

Kathleen soupira et renonça à appeler sa meilleure amie. Soudain, elle entendit du bruit.
-Papa ?... Maman ? C’est vous ?
Un silence angoissant lui répondit. Elle entendit des pas monter l’escalier et s’arrêter devant la porte de sa chambre. Kathleen se recroquevilla dans le fond de son lit. Dans sa tête, elle se reapassa en un éclair toutes les histoires d’horreur, les Paranormal Activity et la série des Saw. Elle ferma les yeux, terrorisée. La porte de sa chambre s’ouvrit en un grincement sinistre. La jeune fille sentit sur sa figure une haleine fétide. Incapable d’en supporter plus, elle ouvrit les yeux. Le visage de sa mère entra dans son champs de vision.
-Maman ! C’est malin, tu m’as fait peur ! s’exclama Kathleen, soulagée.
-Ma chérie, sussura sa mère, j’étais tellement inquiète…
Kathleen se rendit compte avec un sursaut d’angoisse que sa mère n’avait pas ses habituels yeux marrons, mais de spectaculaires yeux verts.
-oh, tu sais, il n’y a pas grand-chose à craindre ici, chevrota-t-elle nerveusement. Mais… tu as mis des lentilles ?
Son père apparu alors dans un rire gras. Chose étrange, il avait les mêmes yeux verts.
-Ma chérie, laisse-toi faire, se ne sera pas long, dit-il joyeusement.
-Mais… qu’est-ce que… bégaya  Kathleen, alors qu’une douce torpeur l’envahissait et l’entraînait vers un puit noir et sans fond.

Quelques instants plus tard, elle darda un regard émeraude sur ses parents. Un rictus cruel flottait sur sa bouche. Elle avait faim."

Voilà voilà? Qu'en pensez-vous? Qu'elles sont les histoires que vous avez écrit? Commentez!

3 juil. 2014

Ecriture: Dernière lettre d'un inconnue...

Il y a environ deux mois, ma prof de français nous a donné une liste de roman épistolaire, avec pour ordre d'en choisir un et de le lire. Il y avait bien évidemment un contrôle à la clé, et la toute dernière question était d'écrire une lettre, soit en se mettant dans la peau de l'un des personnages soit en écrivant à l'un des personnages. Pour ma part j'avait choisi "Lettre d'une inconnue", et je me suis décidée pour la première option. Je vous poste ma lettre ici (je dois vous avouer que je n'en suis pas peu fière :) ); bien sûr, c'est plus facile de comprendre si on a lu la nouvelle avant.

Dernière lettre d’une inconnue

« Mon bien-aimé, mon amour,
Mon enfant est mort maintenant il y a trois jours. Les hommes en noir sont venus, et l’ont emporté, lui, mon enfant –notre enfant. Je suis seule, sans lui, sans ses petites mains, sans ses grands yeux noirs pétillants d’intelligence. Je voudrais le pleurer, mon amour, mon tout-petit, mais je n’ai plus de larmes, toutes ont été versées  pour toi.
Tu te demandes sûrement pourquoi je suis vivante, puisque tu as reçu ma lettre, mon roman, ma vie, et puisque je suis vivante, pourquoi il y a deux jours le vae était-il vide ?
Tout d’abord tu dois savoir que je me suis ruinée ces derniers jours au chevet de mon fils. Les médecins, les médecines, les prêtres, le cercueil, les fleurs, il lui fallait et il lui faut le meilleur. Je n’ai plus un sou et je n’en aurai plus ; j’ai renié mes amants ; cette lettre que je t’ai écrite m’a toute à la fois libérée et culpabilisée, dégoûtée de moi-même. Oui je ne me vendrai plus ; je n’en ai plus la force.
Plus de force, plus de courage : il m’a manqué pour écrire à mes proches, mais quels proches ? aux personnes qui me découvriront les instructions.
La grippe a tardé, et ce qui tarde maintenant c’est la mort, la libération, la délivrance de pouvoir rejoindre mon enfant.
Cette lettre sera, cette fois-ci, réellement la dernière, car je n’ai plus ni papier, ni encre, juste la corde à me glisser autour du coup puisque la faucheuse me repousse.
Adieu, mon bel amour,

Et n’oublie pas tes fleurs… »

21 juin 2014

Ecriture: un concours sur JB

Cette fois, c'est Ephémère, une autre JBNaute, qui a organisé un concours, où il fallait poursuivre sa description. Ma partie est en italique, bonne lecture, et n'oubliez pas de commenter!

Une couronne d’argent sertie de rubis ceignait son front blanc. Ses cheveux, d’une couleur indéfinissable, d’un noir si intense qu’il en avait des reflets bleutés, étaient retenus par la couronne en un entrelacs savant de tresses. Sa peau diaphane semblait capturer les rayons obliques de la pleine lune qui tombaient de la fenêtre grande ouverte. Autour d’elle dansaient des voiles, légers et transparents comme animés de leur propre vie. Le tissu vaporeux ondulait sous la douce caresse du vent, semblable aux écharpes de brume argentée qui s’étiraient dans le creux de la vallée endormie. Elle avait en outre deux grands yeux marron clair lisérés d’or. Les paillettes jaunes qui émaillaient ses iris faisaient étinceler son regard franc et pur qui transperçait comme une lame. Ses lèvres étaient d’un rouge vif et violent, couleur du sang chaud qui jaillit de la jugulaire d’une bête abattue au terme d’une partie de chasse. Ses pommettes étaient hautes et saillantes, livides, son menton court et un peu pointu. Elle avait un air digne, empreint d’une noblesse intimidante sans pour autant paraître vaniteuse ou méprisante. Un léger sourire, vaguement ironique, flottait sur ses lèvres, dévoilant deux rangées de dents parfaites, plus blanches encore que le teint laiteux de sa peau. Dans le tourbillon gracieux des voiles et des tissus, on distinguait nettement sa silhouette fine et élancée. La longue robe de soie noire dont elle était vêtue tombait en flots de tissu sombre et luisant sur ses pieds tout en soulignant le galbe de ses courbes. Ses bras pendaient le long de son corps, tenant dans une main une chaînette à laquelle pendait un minuscule médaillon. Ses doigts jouaient avec l’attache du bijou, ses longs ongles vernis d’un rouge sombre claquant sur le métal. De l’autre…
main, elle tenait un peigne d’ébène, où des marqueteries d’hêtre sertis de diamants purs étaient incrustés dans le bois cendré.
La jeune fille qui était maintenant coiffée se leva, et se posta devant un miroir. Le reflet qu’elle admirait comportait une chevelure bouclée, brune et longue, et sur laquelle trônait une couronne qui, bien qu’elle soit semblable à celle de la mère, ne comportait pas de rubis mais des émeraudes.
Cette tignasse encadrait un visage ovale. Des sourcils fins, plus clairs que les cheveux surplombaient de grands yeux de biche gris clair qui possédaient les mêmes paillettes que toutes les femmes de la lignée dont elle était issue. Sa bouche pulpeuse ne possédait pas encore le rouge sang qu’ont celles des femmes lorsqu’elles atteignent leurs cent mille lunes.
Elle était vêtue d’un corsage blanc et serré, et ses bas étaient recouverts de dentelle. La robe qu’elle arborerait lors de la cérémonie, rose saumon et dorée, reposait pour l’heure sur le lit majestueux.
C’était un de ces lits à baldaquins qui étaient munis de lourds rideaux qui laissaient les occupants dans l’intimité. Appuyé sur l’un des nombreux murs de la pièce octogonale, il trônait, et son bois de châtaigner, incrusté de marbre, était d’une beauté saisissante.
La pièce possédait des murs pourpres, et le plancher, du même bois que le peigne, était recouvert –ou du moins aux environs du lit- d’une moquette carmin.
Soudain, la mère se leva du fauteuil mauve où elle était assise et d’un mouvement fluide alla se placer près de sa fille. Elle plaça sa main sur son épaule et dit simplement :
« -Je serai avec toi.
-Vous n’êtes pas obligée, répondit la jeune femme d’une voie froide, il y a un royaume à gouverner.
-Ta sœur s’en occupera. 
Un long carillon lugubre s’éleva.
-C’est l’heure, dit la reine. »
Elle aida sa fille à revêtir la robe somptueuse. Puis toutes deux, se tenant la main, se dirigèrent vers la porte. Celle-ci se referma en un claquement sinistre.

Resté à l’intérieur, ma fonction de garde m’interdisait de bouger. Mais cependant je devinai la mère et la fille s’avancer à travers la foule, et cette dernière prendre place sur le bûcher. J’entendais, étouffés, les sanglots déchirés de la mère si calme tout à l’heure, et qui suppliait pour accompagner la princesse. Mais le peuple désirait garder sa reine, et je devinai mes collègues retenir la mère, tandis que l’on allumait le feu. Et enfin, comme une ultime supplication, le cri de ces femmes, qui hurlaient… à la mort.

Ecriture : Faites que la vie dévore votre rêve, afin que le rêve ne dévore votre vie...

Voilà un petit  texte que j'ai écrit au début de l'année scolaire. Bonne lecture, et n'oubliez pas de commenter!

   -Ecoutez-moi tous !! Je vais être absente pendant un mois car je pars en Allemagne avec des troisièmes, proclama Mme Poirier, notre prof de français.
Les visages autour de moi exprimaient des moues déçues, voire désapprobatrices.
   -Ne vous inquiétez pas, je connais mon remplaçant, il est aussi sympa que moi.
« Surtout, te jettes pas des fleurs, pensai-je avec force. »
   -Je pars début décembre, nous aurons donc tout le temps de nous organiser, continua-t-elle de sa voie aiguë.

   Le 15 décembre, le remplaçant, bien qu’arrivé depuis dix jours, ne nous faisait pas le même effet qu’à la prof . Il mettait des mauvaises notes à tout le monde, et la moyenne de français était en train de passer de quatorze à deux.

   Un jour, alors que je rangeais mes affaires, le visage baigné de larmes à cause d’un nouveau zéro, « le vieux » (c’est à dire Mr Imar), m’appela. Son haleine fétide m’atteignit en plein visage lorsqu’il me dit :
   -Mr Mathis, j’ai remarqué que votre moyenne était descendue très bas assez rapidement.
Je sais aujourd’hui qu’il avait prononcé cette phrase afin de m’attirer entre les mailles de son filet diabolique. Mais là, j’étais occupé à essuyer le plus discrètement possible les postillons de salive dont mon visage était recouvert.
   -Vous avez votre part de responsabilité, répliquai-je, intrigué malgré tout.
   -Petit insolent !! Mais vous avez de la chance, je suis dans un bon jour, et j’aime les jeunes esprits téméraires... Je vais vous proposer un marché : vous allez lire un livre et, en échange, je vous offrirai cette jeune fille que vous regardez avec tant d’insistance...
J’essayai vainement de cacher mon malaise.
   -Je ne vois absolument pas de quoi vous parlez, lâchai-je.
Ses lèvres fines esquissèrent un sourire mauvais, dévoilant des dents jaunies par le tabac.
   -Vous pouvez toujours faire le malin, je suis observateur. Acceptez-vous mon marché, ou préférez-vous finir puceau et vieux garçon ?
Vaincu, je baissai la tête, posant le regard sur les dessins morbides dispersés sur son bureau.
   -Quel livre dois-je lire ? dis-je sèchement, accablé par la décision que je venais de prendre.
   -Il n’est pas très connu... Ne l’ouvrez qu’une fois revenu chez vous.
Je pris le livre qui ne possédait ni titre ni auteur. En fait, la couverture était seulement composée de carton noir. Entièrement absorbé par ce qui venait de se passer, je n’entendis pas ce que me dit mon professeur :
  Bonne lecture...
A partir de ce jour funeste, tout bascula.


   Laissez moi vous décrire mon professeur : petit, le crâne chauve, cet homme que nous détestions tant était le mal incarné. Sa peau rouge donnait l’impression qu’il avait attrapé un gros coup de soleil. Ses petits yeux malsains vous lançaient des regards pervers dès que vous osiez croiser le regard « sacré ». Il paraissait chausser du soixante, tellement ses pieds étaient immenses. Il possédait une telle arrogance qu’il semblait se pavaner dans les couloirs.

   Moi, Antoine Mathis, modeste élève de 4e C, me trouvai moche mais était qualifié par la gente féminine de « mignon ». Et m’en trouvai enlaidi.
   Je possédait de « belles » boucles brunes et j’avais -toujours d’après le peuple féminin- un « ma-gni-fique » teint mat. Mes « extraordinaires yeux verts émerveillaient toutes les filles ; sauf une, évidemment... Léa ne semblait intéressée ni par ma grande taille ni par mes tablettes de chocolat.
   Elle pouvait bien se le permettre... Elle avait les cheveux d’un blond si clair qu’il en paraissait blanc et nous éblouissait, nous, les pauvres imbéciles dont aucun ne semblaient mériter son attention. Ses yeux azurs étaient d’un bleu si profond qu’on pouvait se noyer dedans rien qu’en la regardant. Les filles la haïssaient, les garçons l’adoraient. Elle était la fille parfaite, la femme fatale, celle qui occupait toutes nos pensées et remplissait tous nos rêves.

   De retour chez moi, une fois mon cartable posé, je ne m’avachis pas devant la télé comme d’habitude. A la place, je montai dans ma chambre et ouvris le livre. Je crus halluciner. Les pages étaient vides !!

   Le lendemain matin, j’allai voir le prof. En ricanant, il me dit :
-         Mr Mathis... de quoi avez-vous rêvé cette nuit ?
-         De, heu... Cela ne vous regarde pas !! protestai-je avec véhémence, piqué à vif.
Furieux, je quittai le prof et allai m’adosser à un arbre. Trop impatient pour attendre le soir, je sortis le mystérieux bouquin et décidai de l’explorer. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les premières pages étaient remplies des rêves idiots que j’avais fait pendant la nuit...

   La nuit suivante, je fis un mauvais rêve. Je me concentrai sur mon contrôle de géométrie quand je me rendis compte que toutes mes affaires avaient disparues. Je n’avais plus, pour réussir cette évaluation, que mes mains vides... Et je me réveillai, en sueur. Fébrile, je consultai le livre, pour constater, soulagé, que les pages étaient vides de toutes notion mathématiques. Je ne savais pas, alors, que le carnet ne se remplissait qu’au petit matin...

   Le lendemain, je commençai la journée avec anxiété, car une interrogation de math était prévue en deuxième heure. Au bout d’un quart d’heure, n’ayant pas compris le premier exercice, je louchai sur mon voisin, quand la prof s’écria :
   -Antoine, si vous sortiez vos instruments de géométrie, peut-être n’auriez-vous pas besoin de loucher sur la copie de Titouan...
Les joues en feu, je détournai aussitôt le regard. En fouillant dans mon sac, je découvris avec horreur que j’avais oublié mes instruments! J’étais pourtant certain de les avoir mis dans mon sac. Avec une terreur encore plus grande, je m’aperçus que la situation m’était familière. Seulement, je n’avais pas le souvenir d’avoir déjà vécu pareille situation ! Qui m’échappait...
Résigné à louper mon contrôle, j’attendis la récréation avec une impatience qui ne m’étais pas habituelle. Mme Lison me le fis remarquer , mais elle n’obtint pour seule réponse qu’un haussement d’épaule.

   Une fois au grand air, je vis avec stupeur que mes rêves étaient racontés en toutes lettres sur le cahier noir. D’où mon malaise en math ! Je vivais un véritable cauchemar.

   Heureusement, la nuit suivante me fus plus agréable que les précédentes. Je rêvais de Léa, qui s’intéressait enfin à moi. Au cours de la journée qui suivit, mon rêve se réalisa, m’offrant enfin le moment de paix et de bonheur que j’attendais. Hélas, ce bonheur fut de courte durée.  Mr Imar, en plein cours de français, me demanda brusquement :
   -Alors, aimez-vous votre livre ?
Sous la table, je serrais la main de Léa.
   -Je trouve que le héros subit trop, il ne peut pas assez se reposer, envoyai-je d’une voix calme.
   -Chacun ses goûts, soupira-t-il ironiquement, avant de poursuivre le cours.
Le lendemain, conformément à mon rêve, je me disputai avec Léa et « apprit » que Mme Pommier serait absente encore une semaine.


   Dans les jours qui suivirent, je vis avec horreur ou bonheur tous mes rêves se réaliser. Malheuresement, tout ne redevenais pas comme avant par la suite. C’était comme si je possédais une sorte de pouvoir de voyance.
Après les vacances de Noël, je m’aperçus avec un nouveau désespoir que les rêves que j’avais fait du collège pendant les vacances rattrapaient leur retard.
                                
   Et puis un jour, le cahier fut plein. Mais quand je l’annonçai au prof, il ne fit que ricaner. Le lendemain matin, je découvris avec stupeur que le rêve que j’avais fait de Mr Imar pendant la nuit, où il me disait « trop tard, trop tard... » en ricanant n’était pas inscrits dans le carnet. En fait, le carnet était vide. Tous les rêves qui y étaient notés avaient disparus.

   Cela continua ainsi pendant plusieurs semaines. Mme Pommier ne faisait que repousser son retour au collège. Jusqu'au jour où le principal vint nous annoncer son décès ? Bien sûr, j’étais déjà au courant : je venais de le rêver ! Je me suis remis avec Léa ; nous avions tous les deux besoin de réconfort et de tendresse. Mr Imar fut désigné comme notre nouveau professeur de français.

   A la fin de l’année, j’étais épuisé. Les somnifères « sommeil sans rêves » n’avaient aucun effet. Ma moyenne approchait les 0,5, et les séances chez le psy ne me servaient à rien. J’avais déjà trois tentatives de suicide à mon compte, et Léa ne savait plus que faire pour m’aider. Je l’avais finalement mise au courant du sortilège qui me rendait fou. Souvent, j’avais essayé de détruire le carnet ; mais il revenait toujours, comme un chien fidèle, sur ma table de chevet. J’avais également tenté les nuits blanches, mais invariablement, quelque soit le nombre de tasses de café que j’avais prises, je finissais toujours par m’endormir. Pour la première fois, je souhaitai que les vacances d’été passent vite.

   A la rentrée, mon soulagement fut immense quand j’appris que Mr Imar n’était plus au collège. Plusieurs fois au cours de l’année précédente, j’avais rêvé que « le Diable », comme je le surnommai désormais, changeai de collège, mais j’avais finis par comprendre que les rêves où il apparaissait ne se réalisaient pas.

   Je ne revis jamais Mr Imar. Mais non seulement mes rêves diaboliques continuèrent, mais je loupai chacune de mes tentatives de suicide, qui étaient d’ailleurs ponctuées par des disputes avec ma copine du moment.

 Epilogue

   Aujourd’hui, j’ai quatre-vingt-sept ans, et je viens d’apprendre que je suis victime d’un énième cancer. Tout au long de ma vie j’ai subi diverses pathologies qui ont apportées chacune leur lot de souffrance. En général, pendant que j’agonisai, je rêvai ma femme avec un autre homme. Je suis même enté dans le Livre des Records comme l’homme qui a survécu au plus de cancers. Mais je sais aussi que je suis l’homme qui a été le plus cocu.


  Alors voilà, cher journal, tu sais à présent combien j’ai souffert. Je t’ai livré mes secrets pour décharger ma conscience, et car je sais, grâce à mes rêves, que dans quelques heures ma maison brûlera... et moi avec.

22 avr. 2014

Ecriture: un peu d'inspiration

Voilà, je me baladais sur l'avenue sur JB, en cherchant l'inspiration justement, et je crois bien que je l'ai trouvée. Voici donc un petit texte, une lettre plutôt, qui peut-être deviendra le prologue d'une nouvelle, mais je ne suis pas sûre. Bonne lecture, et n'oubliez pas que toute critique bonne ou mauvaise est utile, à condition bien sûr qu'elle soit constructive.

Ma chère sœur,
tu te demandes sûrement pourquoi je ne t'ai pas donné de mes nouvelles depuis longtemps. Ou bien tu m'as oubliée, comme papa, comme maman, et tous les gens de ton ancienne vie. La vérité, c'est que je suis complètement dépressive depuis que tu es partie. Car c'est toi qui m'a fait découvrir l'homme de ma vie, c'est toi  que j'appelle quand rien ne va plus, et voilà, tu as décidé de t'en aller, doucement, sans laisser de traces. 
Comment ai-je fais pour survivre sans toi? Ton absence maintenant m'oppresse plus que de raison. Alors j'ai écrit. J'ai écrit pour me libérer, me libérer de l'étau qui m'étouffe. J'ai écrit ton histoire, notre histoire. Tu l'as sûrement lu, avide de savoir que tu es. Le livre est devenu un best-seller, et je suis riche, riche d'une fortune qui m'est inutile. Alors, l'étau s'est desserré, un petit peu, tout doucement, et j'ai connu une paix intérieure que je croyais que je n'avais pas ressenti depuis des années. Mais les mois ont passés, et à nouveau j'ai été oppressé, mais je n'avais plus rien à écrire. Rien ne m'intéresse, tout me lasse, même les sourires de mon fils et les baisers de Thomas ne suffisent plus. 
Tu vois je me relis et je me dis que tu ne dois pas comprendre grand-chose, tout ça est tellement décousu! Mais tu comprends, maintenant c'est comme ça que je vis: chaotique et désordonnée, je saute du coq à l'âne sans même m'en apercevoir et mes crises de nerf sont de plus en plus fréquentes. Je sans que Thomas a peur, peur pour moi ou peur de moi? Je ne sais pas, je ne sais plus, j'ai tout oublié, tout oublié de notre vie d'avant, d'avant ton départ. 
Quelle longue lettre... je n'ai plus rien à te dire, si ce n'est adieu, ou à bientôt, je ne sais pas, car je m'en vais te rejoindre. Ne t'inquiète pas pour moi, je serais vite à tes côté pour veiller avec toi sur notre famille, sur Thomas et sur Quentin.
Ta sœur qui t'aime, sans doute même un peu trop,
Anna

P.S.: J'utiliserais le couteau, c'est, je crois, le plus rapide et le moins douloureux.

25 mars 2014

Ecriture: Un concours sur Je Bouquine

Dans le Tous Ecrivains, il y a des JBNautes (nooooon !) qui organisent des concours d'écriture. Je le dis tout de suite, parce qu'on me l'a déjà demandé: il n'y a pas de récompense à la clé. Donc, j'ai participé à un de ces concours, organisé par une fille du pseudo de Leeko, et je vous propose mon texte. Le voici, pas tout à fait entier, car il est très long et je ne voulais pas envahir Je Bouquine avec un texte de 10 000 lignes (non, ne vous inquiétez pas, j'ai dis au pif :) ). Si j'ai le temps, je vous remettrai tout depuis le bédut (début pour ceux qui n'ont pas l'habitude ;) ). Bref, trève de bavardage, je suis sûre que vous avez tous hâte de lire mon chef-d'oeuvre (mes chevilles vont très bien, merci :D).

Nous étions à Marseille. Louison secoua ses cheveux d'or en riant. Moi, je la regardais tristement.
"-Allez, fais pas cette tête, me dit-elle, sourit, un peu!
Je tentai un sourire médiocre.C'était son anniversaire et pourtant je n'arrivais pas à me réjouir.
-Un bon copain se doit de se réjouïr lors de l'anniversaire d'une amie!
Un bon copain? C'est tout? Je pris mon courage à deux mains et articulai:
-Louison, écoutes, je... Il faut que je te parles.
-Eh bien, vas-y, je t'écoute!
-En fait je... c'est  à dire que... c'est difficile...
-Quoi, qu'est-ce qu'il y a? s'enquit-elle soudain devant mon air grave.C'est mon père, c'est ça? Il est mort? En prison?
-Non non, ça n'a rien avoir avec ton père.
-Mais qu'est-ce qu'il se passe alors? Tu me fais peur!
-Voilà, en fait ça fait des années que je t'...
-Jeremy! Louison! Où êtes-vous? C'est l'heure des cadeaux! cria à travers le parc le mère de Louison.
-Il faut qu'on y aille, tu me diras tout à l'heure, prononça-t-elle doucement.
J'acquiesçai, et nous partîmes retrouver les autres.
-Ouh, les amoureux! s'exclama Sylvine, une amie de Louison.
Je rougis, mais Louison garda son calme et déclara avec flegme :
-Pff, n'importe quoi! Si on sortait ensemble, on vous l'aurais dit!
Ses amis rirent.
-Mhh! C'est pour qui le bon gâteau aux abricots? fit-elle en appercevant son dessert préféré exposé sur la table.
Elle ponctua sa phrase d'une mimique gourmande qui fit s'esclaffer les autres. Elle attendit un peu, et cria tout à coup, faisant sursauter les invités:
-Pour moi!
Et elle se passa la langue sur la bouche.


Quelques heures plus tard, dans la chambre où nous dormions tous les deux, me vint soudain une idée saugrenue. « Et si j’allais l’embrasser ? Là, maintenant, pendant qu’elle dort ? »
Habituellement, quand j’ai quelque chose dans la tête, j’envoie un texto à Zamvir, mon meilleur ami. Mais là, il était trois heures du matin, et je n’étais pas sur d’avoir une réponse tout de suite.
D’un côté, c’était très tentant, mais de l’autre, j’avais peur qu’elle se réveille. « Merde, pensais-je. Pour une fois que j’ai l’occasion de l’embrasser, il faut que je sois assailli par des doutes !! » Je repoussai alors ma couverture, me levai et me dirigeai droit sur elle.
  -Qu’est-ce que tu fais ? demanda une voix ensommeillée. Tu ne dors pas ?
-Non, j’allais prendre un livre.
Je fis ce que j’avais dit, et fis semblant de lire, tout en me détestant de n’avoir pas eu la franchise de lui avouer mon véritable objectif : sa bouche.
-T’es beau quand tu lis, murmura-t-elle soudain.
Heureusement qu’il faisait noir ! Elle aurait pu voir mes joues écarlates...
-Tu veux pas lire à voix haute ? demanda-t-elle
Vite, vite, un début de paragraphe ! Je mis au moins trente secondes pour trouver ce que je cherchais.
-Hum hum. Vladimir descendait le long de la route lorsque soudain apparut
-Tu lisais pas, hein.
-Non.
-Tu réfléchissais, et tu sais quoi ? Je parie que tu pensai  à moi.
Je lui aurais mis des claques. Le pire, c’est que c’était vrai. J’éteignis la lampe, posai mon livre et me tournai contre le mur.
-Aller, fais pas la tronche !!
Silence.
-Jerem’, sois cool ! T’es chiant là !
Silence, de plus en plus lourd. J’avais envie de l’étrangler. Seule me retenait la pensée que ce serait moins agréable de l’embrasser une fois qu’elle serait morte. « C’est beau l’amour », aurait dit mon frère.
-T’es pas sympa, pesta-t-elle.
Une demi-heure plus tard, nous dormions tous les deux.

   Le lendemain matin, au petit-déjeuner, véronique, la mère de Louison, posa la question rituelle :
-Alors, vous avez bien dormi ?
-Oui, ça va, déclara Louison.
J’étais en train de boire mon chocolat.
-Si on exclu le fait que j’ai failli me faire embrasser, ajouta-t-elle malicieusement.
Véronique me regarda bizarrement pendant que je m’étouffais à moitié.
-kof kof kof*.  Je voulais pas t’embrasser !
-Ah oui, c’est vrai, tu allais prendre un livre...
Elle m’énerve, mais elle m’énerve !

   Les jours passèrent, et bientôt ce fut la fin des vacances. Il fallu rentrer à Paris. Je n’avais toujours pas trouvé le courage pour lui dire que je l’aimais. Assis dans le train du retour, entre la fenêtre et Véronique, je me demandais si un jour elle le saurait. Louison était en face de moi, et je me mis à la contempler.

   Elle avait des cheveux d’or, de la couleur du blé qui mûrit dans les champs. DE grands yeux noisette, qui trahissaient sa curiosité, étaient sous ses sourcils fins. Quand on descendait, on voyait son petit nez pointu et impertinent, juste au dessus de sa bouche vermeille. De ses oreilles pendaient deux belles boucles d’oreilles azur, qui s’accordaient parfaitement avec sa tenue : un petit foulard blanc, une marinière bleu foncé et un pantacourt indigo.
- Pourquoi tu me fixes comme ça ?demanda t elle soudain.
Pris en flagrant délit d’adoration, je rougis, et parti aux toilettes dissimuler mon trouble.


   Quand je revins, Véronique me regardait bizarrement.
- Viens, allons en voiture-bar, proposa Louison.
J’acceptais et la suivis. Je commençai à être mal à l’aise, dans ce wagon, avec le regard pesant de sa mère.
- Toi, tu as quelque chose à me dire mais tu n’oses pas, dit-elle tranquillement, en sirotant son jus d’orange.
- Non, enfin, si, voilà je... ;
La sonnerie de son téléphone m’interrompit. Elle décrocha :
- Ah, tiens, salut Clara, deux secondes s’il te plait.
Puis, se tournant vers moi :
- A propos, tins (elle griffonna quelque chose sur un bout de papier) voilà mon num. t’as qu’à m’envoyer un SMS !
 Et elle repartie dans sa conversation.


   Une fois chez moi, dans ma chambre, je composais son numéro. Mais comment lui dire ? Faire une déclaration d’amour, une vraie, poétique et tout ? ou juste lui écrire « Je t’aime » ? En langage SMS ou bien orthographié ? Ne sachant que faire je me résolu à demander à Zamvir. Il m’envoya aussitôt des conseils avisés. Je fis ce qu’il me conseillait, et bientôt Louison était au courant. Je n’arrivais pas à croire que ça avait été aussi facile ! Nous convîmes, elle et moi, qu’il fallait qu’on se voit. Je lui proposais le mercredi après-midi suivant. 3 J’ai cours, écrit-elle, mais le samedi, c’est bon ». Zut. C’étai moi qui avait cours le samedi.  « Peux pas, mais le dimanche c’est bon », lui écrivis-je. « Impossible, dimanche j’ai messe et repas dominical avec les ancêtres ». Argh. C’était un vrai casse-tête. Mon dernier recours était Zamvir. Une demie heure plus tard je reçu sa réponse : »dsl gt entr1 2 manG mè tkt ta ka séché lé cour du samdi !! » Sécher les cours !? C’était ça, sa solution ?! Mais je n’avais pas le choix : je m’y résolus donc.
Une semaine plus tard, nous sortions ensemble. Elle me priait de plus en plus souvent de chercher des informations sur son père, qui les avait abandonnées sa mère et elle, à sa naissance. Mais j’avais beau fouiné, je n’avais pas le moindre indice.


   Les semaines passèrent. Un jour, par hasard, je tombais sur le nom du père de Louison. Mais c’étai impossible ! C’était fou ! Il devait forcément y avoir une erreur ! Sur l’écran était inscrit : «  Olivier O’Hara, père de Louison Bena, avec Véronique Bena. Père aussi de Jérémy O’Hara, avec Isabelle O’Hara ». Louison et moi, frère et sœur ? C’était insensé....


   Le lendemain j’allai à la sortie de son lycée, et , l’entraînant à l’écart, je lui annonçai  avec difficulté :
- Je casse.
- Quoi ! Mais qu’est-ce quoi te prends ? s’exclama-t-elle.
- Je peux pas te le dire.
- Mais qu’est-ce que j’ai fait ?
- Ca n’a rien à voir avec toi.
- Embrasse-moi une dernière fois.
Je l’embrassai.
- Ce n’étai pas un baiser d’adieu, ça....
- Il faut bien pourtant, déclarai-je avec le plus de froideur possible.
Et je tournai les talons.

   Plus tard dans la soirée, je réalisai que la mère de Louison était au courant, et que c’était pour cela qu’elle me jetait des regards étranges.
Je reçu un texto de Louison : «  Si tu peux pas me dire pourquoi tu as cassé, écris-le au moins ! » C’était une bonne idée aussi j’allai chercher un bristol, sur lequel j’inscrivis « Olivier O’Hara ». ET pour ne pas prêter à confusion, je précisai sur l’enveloppe : « Ton Père ».


Je n’avais pas trouvé le courage de lui remettre l’enveloppe quand les vacances d’été arrivèrent. Nous devions les passer ensemble, dans le sud, je trouverai bien un moyen. Et effectivement, le lendemain, Louison proposa que nous allions nous balader tous les deux. Je pris l’enveloppe, et c’est avec beaucoup d’appréhension que j’entamais la ballade. Nous fîmes une pose près de la falaise. Elle tombait à pic, c’était vertigineux. Timide, je donnai l’enveloppe à Louison, et elle s’approcha du rebord pour la lire.  Mais sous le choc de la révélation,  elle trébucha en arrière. Je voulais hurler, l’aider, mais mes membres ne m’obéissaient plus. Alors commença sa longue chute, et je sus que son cri perçant retentirait durant de longues années dans mes oreilles. Puis elle retomba lourdement sur le sol. Le mistral balaya ses longs cheveux entremêles. Elle ferma doucement les yeux. Une larme coula le long de sa joue, allant s’écraser sur le sol. Son corps fut tressailli de violents tremblements et elle hoqueta de douleur.
Puis tout s’arrêta. Elle cessa de respirer et son cœur stoppa son lent battement. Elle avait quitté ma vie. Elle avait quitté sa vie. Elle était morte.
Heureuse…
Puis le mistral balaya la plaine, emportant les quelques souvenirs que j’avais d’elle.

*Je ne savais pas trop comment transcrire la toux.